Nourrir les corps et mobiliser les cœurs
«J'ai le projet en tête depuis plus de deux ans et un matin de décembre, en voyant un petit papy sous sa couverture alors qu'il faisait - 5 °C dehors, j'ai décidé de me lancer ».
Une besace remplie de paperasses et de flyers sous le bras, Jérémy Gorce peaufine les derniers détails. Vendredi soir, à l'espace des Trois Provinces, il espère accueillir gratuitement plus d'une centaine de sans abris et de personnes en situation de précarité pour un repas solidaire.
Des paniers solidaires sur la plateforme Locavor« J'ai lancé l'événement sur Facebook et en une semaine, j'avais plus de 10.000 vues, 300 messages de soutien et déjà quelques promesses de dons ». De la nourriture, mais aussi « des matelas gonflables, des vêtements d'hiver, des écharpes des bonnets, alors qu'à la base, ce n'était même pas le projet ».
Du haut de ses 24 ans et avec quelques bons arguments, c'est en solo que le barman de profession s'est lancé à la conquête de cœurs généreux.
« Un partenariat s'est rapidement noué avec le Secours populaire. Grâce à leur appui, j'ai réussi à avoir gratuitement la salle des Trois Provinces ».
Un point de chute inespéré, pour celui qui était prêt à « donner des sandwiches à l'arrière de sa voiture s'il avait fallu ».
Heureusement, pas besoin de la transformer en camion ambulant ; mais pour récolter les dizaines de kilos de légumes et de viandes nécessaires à la confection du repas, sa voiture aura tout de même quelques kilomètres à avaler.
Un menu cuisiné par des restaurateurs brivistes« C'est sur Facebook que l'on a eu vent du projet. On a trouvé ça audacieux qu'il se lance seul là-dedans et on lui a tout de suite proposé notre aide ».
Gérants de la plateforme d'achats de produits locaux Locavor, à Varetz, Sylvain et Élodie ont fait la promo de l'événement auprès de leurs clients, et ont ensuite mis en ligne sur leur site des paniers solidaires de légumes et de viande.
Carottes, navets, poireaux pour la soupe, bœuf pour le plat… « Au total, j'ai réussi à obtenir près de 30 kg de viande et des dizaines de kilos de légumes grâce à eux, au domaine de Lafage et à quelques supermarchés de la ville qui ont adhéré au projet. Je pensais servir une trentaine de personnes, au final, on en attend près de 150 », reprend Jérémy, presque étonné d'avoir réussi à mobiliser autant les foules. « Tous les jours, la Croix Rouge en parle pendant les maraudes. Au ROC ou au CCAS, le message est aussi passé. On verra le résultat le jour J ».
Pour cuisiner toutes ses denrées, il a une nouvelle fois toqué à quelques portes jusqu'à ce que celles du Bar basque et du Papa des Frangins lui ouvrent celles de leurs cuisines.
« Pour des questions d'hygiène, j'ai pensé qu'il serait plus pratique de pouvoir cuisiner chez des restaurateurs. Cela nous permet aussi de proposer un menu un peu plus élaboré ».
Et pour que la soupe, le bœuf bourguignon et le poulet au curry mijotent avant d'être servis, toutes ces mains ne seront pas de trop. Trois boulangeries se sont même engagées à fournir pains et gourmandises sucrées.
Du prêt de la vaisselle, des tables, des chaises, à l'ambiance avec supplément musique et pas de danses, Jérémy a pensé à tout : « Il fallait aussi assurer la sécurité. Un agent sera sur place et trois copains viennent en renfort pour veiller à ce que tout se déroule correctement. Personne n'ira vérifier la situation de ceux qui viendront s'installer à table, on compte sur la bonne foi et surtout, on espère juste que ce soit un agréable moment ».
Épaulé vendredi soir par des bénévoles du Secours populaire, par le duo de Locavor et par des donateurs, le jeune briviste pense déjà au prochain rendez-vous : « Si c'est une réussite, j'espère réitérer l'expérience cet été. Autour d'un barbecue, en plein air, ce serait pas mal non plus… ».
Pratique. « Un repas pour un sourire », à l'espace des Trois Provinces, vendredi 10 février à partir de 19 heures.
Caroline Girard
